97% des Français prêts à boycotter des entreprises ayant des pratiques sociales ou environnementales destructrices


Il existe déjà une plate-forme associative créée en 2015, I-boycott.org, qui organise ces boycotts avec comme objectif affiché de « rendre la société plus éthique ». Selon une enquête publiée le 28/02/2018 par franceinfo et passée trop inaperçue, 97% des Français sont prêts à participer à des boycott dans ce but et attendent des entreprises qu’elles adoptent des pratiques sociales et environnementales responsables. Cette enquête confirme bien que les entreprises n’ont que deux solutions : soit prendre l’initiative en matière d’éthique et surfer sur la vague, soit ne rien faire de sérieux et être submergées.

L’étude, menée par la société Denjean & Associés en janvier 2018, est sans appel. Selon ses auteurs, « si elles ne tenaient pas compte de cette attente, les entreprises risqueraient « de connaître de graves difficultés, aussi bien pour développer leur chiffre d’affaires que pour recruter de nouveaux talents ».

Un rejet quasi-unanime des pratiques non-éthiques

Les pratiques qui révoltent les Français sont en particulier :
– le travail des enfants chez des sous-traitants étrangers (78% des personnes interrogées)
– ne pas assurer la sécurité des salariés qui manipulent des produits toxiques ou qui travaillent sur des chantiers de construction (71%),
– la mise sous pression excessive des collaborateurs, quitte à les faire « craquer » ou les mener à la dépressions (66%),
– le fait de confier à des stagiaires des travaux qui reviennent à des salariés en CDI.

L’honnêteté, valeur-clé pour l’opinion publique

Les Français détestent les grands groupes qui fraudent : les dirigeants qui font du blanchiment d’argent révoltent 77% des Français et 19% se disent choqués. L’évasion fiscale, le travail dissimulé, la corruption, ou les fausses factures sont jugés choquants ou révoltants par 9 Français sur 10.

Les entreprises éthiques appréciées

Bonne nouvelle pour les entreprises volontaristes en matière d’éthique, 90% des Français déclarent apprécier les groupes qui ont une bonne politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) :
– les pratiques qui favorisent le respect de l’environnement sont plébiscitées par plus de 90% de personnes interrogées.
– l’entreprise qui se dote d’outils pour mesurer l’impact environnemental de son activité est approuvée par 94% des Français : 47% se disent « contents » de l’initiative, 47% carrément « enthousiastes ».
– 65% à 93% des personnes interrogées se disent « contentes » ou « enthousiastes » des soutiens apportés par des entreprises à des projets ou associations dans le domaine de la santé.
– Le mécénat dans le domaine éducatif est aussi fortement apprécié.

L’image de l’entreprise en cause

L’image est un capital immatériel vital pour l’entreprise. L’enquête confirme que l’opinion des Français sur une entreprise dépend de leur perception de l’éthique de cette entreprise : 88% des Français affirment que l’image déjà positive qu’ils ont d’une entreprise s’améliorerait encore s’ils apprenaient qu’elle a une bonne politique de responsabilité sociale et environnementale et 67% estiment qu’un groupe qu’ils n’aiment pas pourrait redorer son image en menant une bonne politique de RSE.

Il est temps, nous pouvons réfléchir ensemble à l’amélioration de la politique éthique de votre entreprise.

Publié par Antoine Jaulmes dans Non classé, 1 commentaire

L’éthique en entreprise, une opportunité plus qu’un risque

Un danger vital plane aujourd’hui sur les entreprises. Les affaires de corruption, de pratiques anti-concurrentielles et quelques autres infractions peuvent à tout moment déclencher les foudres des procureurs américains, anglais ou français (voire japonais !) au point de handicaper et parfois d’abattre une entreprise en pleine santé. Pourtant, une approche pragmatique peut transformer ce risque en opportunité.

Les risques encourrus par un manque d’éthique vont jusqu’au pénal et à l’arrestation de dirigeants corrompus ou complices de corruption (par exemple).

Etre éthique ou mourir ?

La gravité du risque a été soulignée par l’affaire Alsthom, conclue au printemps 2014 par la vente de l’ensemble de sa branche énergie à General Electric. Malgré les dénégations des intéressés, la presse d’investigation a mis en lumière que la seule façon d’éteindre les responsabilités pénales des dirigeants fut cette cession, aussi inattendue que rapidement bouclée … Et presque chaque jour, la presse nous apporte de nouveaux témoignages d’affaires liées à un manque d’éthique qui s’avèrent coûteuses voire fatales à des entreprises, et la faute d’un seul peut suffire à entraîner l’entreprise dans une spirale négative, par exemple en cas de recours, toujours tentant dans un climat de compétition exacerbée, à des méthodes illégales qui pouvaient avoir été tolérées dans le passé. Se prémunir face à ce risque implique donc une démarche inclusive de tout le personnel et des partenaires de l’entreprise.

Une démarche nécessairement participative

Dominique Lamoureux, directeur éthique de Thales, le disait dans une interview en 2016 : « Deux approches sont possibles : d’une part l’approche fondée sur les comportements et les valeurs, et, d’autre part, l’approche basée sur le strict respect des réglementations où l’on se contente de cocher les cases d’un formulaire purement déclaratif. Mais la complexité des relations entre les acteurs économiques, la complexité des échanges font qu’on ne peut plus cocher les cases dans un tableau. Il faut alors valoriser deux choses : l’intelligence de chacun dans l’entreprise comme à l’extérieur, et l’adhésion. Ne mettons pas l’accent sur les ordres, les instructions et l’obéissance mais plutôt sur le partage des enjeux et des risques. Apportons de l’aide et de l’écoute aux collaborateurs ! Il faut faire confiance aux individus, travailler sur les comportements et l’appropriation, valoriser le partage, avoir une approche bottom-up. »

Un changement culturel profond

Il s’agit donc de faire adopter par tous un ensemble de valeurs et de principes qui seront mis en pratique inconditionnellement et prioritairement au quotidien, déterminant un comportement et ultimement une culture commune. Impulser un tel changement implique un déploiement méthodique, la mise en place de systèmes d’alerte internes et la supervision du domaine par un comité d’éthique interne pertinent rapportant au plus haut niveau de l’entreprise.

Une vision stratégique éthique ?

L’effort d’adaptation concerne donc au premier chef la Direction générale, clé de la crédibilité de la politique éthique par l’exemplarité, la communication et la gouvernance de l’entreprise. En récompense de ses efforts, outre sa protection contre les risques juridiques et réglementaires, l’entreprise récolte la motivation et la cohésion du personnel, et la confiance des clients, des fournisseurs et des investisseurs, une véritable opportunité pour un nouvel élan. La cohérence dans la durée étant un capital immatériel aussi vital que le capital financier, il y a là aussi une opportunité d’alignement stratégique.

Il est temps que les entreprises, jusques et y compris les PME, réalisent l’avantage compétitif voire stratégique qu’il y a à surfer sur la vague éthique plutôt qu’à se laisser submerger par elle.

article paru dans la Revue des Mines, n°500 (décembre 2018, p.103)

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