N’affectons pas trop longtemps l’optimisme convenu des vœux de début d’année et disons le franchement : l’année 2026 s’ouvre sous l’auspice des difficultés et de l’inquiétude.
- Un mode déstabilisé par deux grandes puissances mondiales dirigées l’une par un criminel, l’autre par un dangereux lunatique, le travail souterrain de grandes multinationales pour priver les Européens de leurs droits démocratiques, de leur liberté mais aussi de leur droit à la santé ou à la justice (je n’invente rien), cela doit nous inquiéter.
- Des gouvernants européens qui, sous la pression des susnommés, vont à Canossa et font marche arrière toute sur les réglementations écologiques et sociales votés depuis cinq ans, sous couvert de « simplification » ou de « compétitivité », cela doit nous inquiéter.
- Le mépris des droits humains qui s’affiche de plus en plus cyniquement dans de nombreux pays et sur la scène internationale, et qui est de plus promu en Europe même par des partis politiques en mal de victoires électorales, cela doit nous inquiéter.
La question est de savoir si, en 2026, ces inquiétudes vont rester individuelles, anxiogènes et somme toute limitées à nos sphères privées – plus quelques commentaires peu lus sur des réseaux de plus en plus asociaux… – ou bien si ces inquiétudes vont se muer en réelle indignation et en mobilisation collective ?
Il n’y a pas si longtemps, l’opinion publique pesait sur le cours des événements
Rappelons-nous les circonstances dans lesquelles les lois écologiques et sociales que l’on détricote aujourd’hui ont été adoptées. Le mouvement des jeunes pour le climat, parti de Suède en 2018 à l’instigation notamment de Greta Thunberg, avait mobilisé des millions de personnes dans les rues dès le 15 mars et le 24 mai 2019. Les législateurs européens élus en 2019 avaient été sensibilisés par ce mouvement d’opinion puissant car les citoyens, ne se contenant pas d’être inquiets, s’étaient vraiment beaucoup mobilisés.
C’est aussi le moment de se rappeler les principes de résilience de Winston Churchill : « If you go through hell, keep going. » (Si vous avancez au travers d’un enfer, continuez à avancer.)
Le temps des difficultés doit être avant tout le temps de l’action !
Chacun est juge de sa forme d’action civique la plus adaptée, par exemple tout ou partie des possibilités suivantes :
- Soutenir le travail du Shift project, qui a levé la somme record de 4,6 millions d’euros par crowdfunding pour soutenir le développement de son programme « Décarbonons la France ! », en vue des élections présidentielles de 2027 (plus de 36 000 contributions).
- Soutenir les actions de défense du vivant, en participant aux instances ouvertes aux citoyens (conseil ou comité de quartier, réunions publiques, enquêtes publiques communales, notamment celles concernant le Plan Local d’Urbanisme, autres consultations, commission des services publics, qui donne un avis sur la gestion de l’eau, des déchets, propositions dans le cadre des budgets participatifs…)
- Agir de manière responsable en tant que consommateur, en agissant pour assécher les ressources des entreprises délinquantes et au contraire pour soutenir le chiffre d’affaires des entreprises vertueuses, parmi lesquelles, notamment, les entreprises à mission. (Il y a déjà 2370 sociétés à mission répertoriées à ce jour en France, cela vaut la peine de les connaître.) En étant, également, attentif à l’empreinte carbone de nos achats et de nos voyages.
L’entreprise est aussi le cadre et l’acteur clé de l’action en faveur de la durabilité.
C’est indispensable si la direction de l’entreprise, prise dans les tempêtes, veut rester maître de sa destinée :
- d’une part, en assurant son développement pérenne, ce qui implique de sécuriser l’activité face aux risques naturels, sociaux, commerciaux et de pénurie de certaines ressources ;
- d’autre part, en participant à la stabilisation et à la restauration des équilibres extérieurs, donc de l’écosystème dont dépend l’entreprise, localement dans son ou ses territoires, et globalement. Ce type d’action est donc extrêmement bénéfique à l’entreprise à moyen-terme.
C’est ni plus ni moins que le principe de double matérialité, et en même temps le simple bon sens. (Voir notre ouvrage « Comprendre la RSE, levier de transformation durable », Larcier, 2023.)

Tracer sa route dans la tempête, c’est résister aux sirènes…
En 2016, dans un environnement changeant, les dirigeants efficients garderont le gouvernail bien en main. Ils ne se laisseront pas séduire en 2016 par les sirènes du conformisme ou au confort des habitudes, pas plus qu’ils ne se laisseront abuser par le travail d’influence des lobbies représentant des idéologies dépassées, mortifères et orientées vers le seul profit d’entreprises source d’accélération du réchauffement climatique et de déclin de la biodiversité.
L’adaptation aux conditions nouvelles les conduira au contraire à rechercher les alliances avec la société civile et les territoires afin de positionner leur entreprise parmi les pionniers de la régénération et parmi les marques plébiscitées par le public et les clients.
