La COP17 sur la Biodiversité se déroule du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie, dans une indifférence quasi-générale. Cela devrait émouvoir les entreprises car, comme l’écrit Marc-André Selosse (De la biodiversité comme un humanisme, Le Seuil, 2006), « au niveau mondial, 50% du PIB dépend de la biodiversité ; en Europe, 72% des entreprises en dépendent directement ; en France, 28 des 40 entreprises du CAC40 sont liées à la biodiversité mais seules 7 l’ont intégrée dans leur démarche. Pas très prévoyant, ça… » Cela devrait émouvoir les citoyens car, outre le fait que les entreprises exposées au risque biodiversité concernent souvent la satisfaction de nos besoins fondamentaux (nourriture, santé…), la biodiversité constitue un immense réservoir de diversité génétique, indispensable à la capacité du vivant (végétal, animal et humain) à résister aux perturbations et à s’adapter aux changements et aux menaces présentes et futures. L’appauvrissement de ce réservoir réduit d’autant l’efficacité de notre système immunitaire commun. Nous dansons sur un volcan…
Macron n’ira pas à Erevan…
Mais voilà, comme le déplore le Canard Enchaîné du 21 octobre, « Macron n’ira pas à Erevan (…) Seulement une vingtaine de chefs d’État sont attendus. Pas de tapage. Pas de couverture médiatique, ce sera un non-événement. Certes, lors de la COP15. à Montréal. tous s’étaient mis d’accord pour agir et s’étaient fixé un cap proclamé « ambitieux » : en 2030 devraient être protégées 30 % des terres et des mers, et restaurés 30 % des écosystèmes dévastés. » Et le Canard de rappeler à grands traits où nous en sommes vraiment :
- les « 23 objectifs cibles » pour 2030 sont loin des bonnes trajectoires, sauf la cible 9 qui vise à atténuer les impacts du réchauffement sur la biodiversité ;
- les « plans nationaux d’action 2030 » établis à Montréal auraient dû être à moitié réalisés, ce qui n’est le cas que d’une petite moitié d’entre eux ;
- les pays du Nord, plus riches mais où la biodiversité est la plus pauvre, devraient aider les pays du Sud, plus pauvres mais où la biodiversité est la plus riche, à la protéger en les subventionnant de 200 milliards de dollars par an, mais on n’en est même pas à la moitié ;
- les subventions aux énergies fossiles, quelque 2 600 milliards de dollars par an, devraient être arrêtées : la COP ambitionne d’en couper 500, mais la Russie et les pays pétroliers veillent au grain, et bloqueront tout ce qui ne leur convient pas ;
- la réduction de moitié de l’usage des pesticides, mal partie actuellement.
Ce que les gouvernements ne font pas…
Que les gouvernements préfèrent faire la guerre que de corriger la trajectoire vers le « suicide collectif » dénoncée à Erevan par le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres est une chose. Ce que les particuliers comme les entreprises peuvent faire en est une autre, plus réactive et donc plus adaptée à la situation. C’est une démarche en trois temps.
D’abord prendre conscience des causes de l’effondrement actuel de la biodiversité.

Les cinq causes majeures de l’effondrement du vivant
Marc-André Selosse rappelle l’analyse des causes d’extinctions des espèces :
- Pour 30%, c’est la conversion des milieux qui en est responsable : déforestation, assèchement des zones humides, pollution lumineuse la nuit… ;
- 25% proviennent de prélèvements excessifs: la chasse et la pêche, notamment la pêche industrielle ;
- 14% relèvent de la pollution chimique: l’usage massif de pesticides (doublé depuis 1990) provoque la disparition de nombreuses « victimes collatérales » et la pollution plastique (triplée en 20 ans) détruit de nombreux animaux dans le milieu marin (poissons, mammifères et oiseaux) ;
- 14% sont la conséquence directe du réchauffement climatique trop rapide qui fait disparaître les conditions de survie d’espèces végétales et animales – cela s’observe facilement dans les forêts françaises où 8% des arbres présentent aujourd’hui des symptômes sévères de dépérissement ou de mortalité récente ;
- 11% sont le fait de la diffusion des espèces invasives favorisées involontairement par l’intensification du commerce maritime international et volontairement par le commerce des plantes et animaux exotiques.
Ensuite, prendre conscience de l’urgence.

% d’extinction des espèces, cumul en % du nombre d’espèces suivies par l’UICN, d’après Ceballos G. et al., 2015.
D’une part, le constat de la situation actuelle, partagé par 1 400 scientifiques, est sévère : les extinctions d’espèces sont depuis deux siècles de 10 à 1000 fois supérieures au rythme naturel. 68 % des populations de vertébrés (mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et amphibiens ont disparu entre 1970 et 2016).
D’autre part, les tendances actuelles sont à l’accélération et non au freinage de la destruction des milieux naturels. Ainsi, l’artificialisation des sols et la destruction des milieux favorables à la vie se poursuit alors qu’il s’agit de la première cause de perte de biodiversité, l’emploi de pesticides dangereux est promu avec succès par certains lobbies industriels et agricoles, il y a toujours une grande difficulté à réguler la pêche malgré l’épuisement des stocks (15% des prises de poisson sont illégales), la lutte contre le réchauffement climatique rencontre de nombreux obstacles, etc. Il serait donc difficile de conclure ici wait and see.
Enfin, agir de manière corrective et efficace.

Un manuel pour tout savoir…
L’individu peut évidemment s’engager dans la vie associative pour participer à la défense des forêts et de la nature. Il peut aussi être vigilant au moment de voter. Mais les entreprises sont à la fois des victimes potentielles de la perte de biodiversité et des facteurs importants dans la dégradation comme dans la protection, voire dans la régénération de la biodiversité. Dans notre ouvrage récent (Mettre en oeuvre la RSE/RSO, clés pour une entreprise ou une organisation durable, Larcier, 2026), nous avons décrit une série de méthodes à la disposition des entreprises. Par exemple, la norme « ISO 17298 Biodiversité – Prise en compte de la biodiversité dans la stratégie et le fonctionnement des organisations », publiée en octobre 2025, permet de s’orienter en la matière. Elle définit des exigences et des lignes directrices pour :
- analyser ses impacts et ses dépendances vis-à-vis de la biodiversité ;
- évaluer les risques et opportunités pour son activité et de prioriser ses enjeux ;
- définir un plan d’action biodiversité ;
- suivre des indicateurs pertinents pour évaluer l’efficacité des actions mises en place ;
- formaliser une stratégie biodiversité en lien avec ses enjeux.
Les PME peuvent s’appuyer sur l’outil Diag Biodiversité, lancé en 2025 par Bpifrance avec l’appui de l’Office Français de la Biodiversité. De nombreuses méthodes ont été développées et expérimentées par des entreprises comme L’Oréal, Kering, Avril, Unilever, Dow Chemical ou Swiss Re. Le Product Biodiversity Footprint (PBF) et le Global Biodiversity Score (GBS) sont des outils élaborés reposant sur des modèles scientifiques, notamment celui développé par l’Agence néerlandaise d’évaluation environnementale, GLOBIO. En complément, le Lab Transition Nature, lancée conjointement par le WWF France, l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Science Based Targets Network (SBTN), accompagne les entreprises françaises dans la définition d’objectifs de préservation de la nature fondés sur la science.
Un point-clé de la gouvernance d’une entreprise
Outre la contribution responsable des entreprises au maintien des conditions de vie humaine les meilleures (la biodiversité est un humanisme, écrit Marc-André Selosse), les entreprises ont un intérêt direct à agir, c’est leur enlightened self-interest : identifier ses dépendances critiques (matières premières, intrants agricoles, bois, fibres, substances d’origine biologique) et les pressions exercées par ses activités (occupation des sols, déforestation importée, rejets, nuisances lumineuses ou sonores), organiser la prévention (cartographie des risques et opportunités liés à la nature, intégration au dispositif de gestion des risques, indicateurs et pilotage), tout cela fait partie de la bonne gouvernance d’une organisation, voire du simple bon sens.
Pour davantage de détails, voir Mettre en oeuvre la RSE/RSO, clés pour une entreprise ou une organisation durable, Larcier, 2026.


Rappelons-nous les circonstances dans lesquelles les lois écologiques et sociales que l’on détricote aujourd’hui ont été adoptées. Le 









Bien que les fournisseurs d’IA invoquent souvent le fait qu’ils feront appel à des sources d’énergie renouvelables pour rendre leur activité plus vertueuse sur le plan climatique (et, en France, ils le font d’autant plus qu’ils sont soumis au 


Après avoir longtemps été ignorée ou gardée à distance par les décideurs économiques, l’éthique s’est aujourd’hui imposée comme une préoccupation pertinente pour l’entreprise. Toutefois, un certain nombre de responsables la considèrent encore plutôt comme un luxe que toutes les entreprises ne peuvent pas se payer. Mais de quoi parlons-nous ? Le terme d’éthique recouvre, en entreprise, trois niveaux (presque) sans lien entre eux : le souci de la conformité, l’aspiration à la responsabilité et le management “missionnaire”, fondé sur une conviction forte, qui débouche d’ailleurs parfois sur l’adoption du statut de société à mission.
Il convient d’abord que le dirigeant en question comprenne quel sera l’investissement (et son investissement personnel), évidemment croissant en fonction de ces trois niveaux, et l’énergie qu’il est prêt à y consacrer, mais aussi qu’il visualise le ratio de retour sur investissement, lui aussi croissant. Le premier niveau est essentiellement défensif : il s’agit de préserver la santé financière et la réputation de l’entreprise de la même manière qu’on souscrit une police d’assurance. Le gain est essentiellement une limitation des risques.






Commentaires récents